L'essentiel
L'étude du CEPII publiée en 2018, portant sur 1979-2011, estime dans son scénario de référence la contribution budgétaire nette des immigrés entre -0,5 % et +0,05 % du PIB selon les années ; ses auteurs la jugent « plutôt négative » mais faible 1 . Un rapport de l'OCDE de 2013, cité par le Gouvernement en 2013, estimait l'impact budgétaire de l'immigration en France légèrement négatif, avec une définition large des immigrés 2 . Le chiffre de « 35 à 40 milliards d'euros par an », présenté par l'Observatoire de l'immigration et de la démographie comme tiré des travaux de l'OCDE et du CEPII, est rejeté par les économistes auteurs de ces travaux 3 4 . Le résultat dépend fortement des choix de méthode : qui compte comme immigré, quelles dépenses on attribue, inclusion ou non des enfants d'immigrés 1 3 .
Fait établi
Le calcul consiste à comparer ce que les personnes immigrées versent aux administrations (impôts, cotisations, taxes) et ce qu'elles en reçoivent (prestations, services publics) 1 . Le résultat dépend de plusieurs choix : inclure ou non les dépenses publiques qui ne varient pas avec la population, comme la défense ou le service de la dette ; compter ou non les enfants nés en France de parents immigrés ; retenir l'année ou le cycle de vie complet 1 3 .
Ce que disent les études publiées
Interprétationestimation chiffrée
L'étude du CEPII publiée en décembre 2018 (Xavier Chojnicki, Lionel Ragot et Ndeye-Penda Sokhna), sur la période 1979-2011, estime dans son scénario de référence la contribution nette des immigrés aux finances publiques entre -0,5 % et +0,05 % du PIB selon les années, soit de +0,62 milliard d'euros en 1989 à -8,8 milliards en 2011. Les auteurs concluent que cette contribution a « plutôt été négative » mais faible, et que l'immigration n'a à aucun moment déterminé l'ampleur ou l'évolution du solde budgétaire primaire 1 .
Interprétationestimation chiffrée
Le même travail présente deux scénarios alternatifs que ses auteurs jugent discutables. Si l'on rattache aux immigrés leurs enfants nés en France (scénario « seconde génération »), la contribution devient nettement négative, entre -1 % et -1,6 % du PIB, soit près de -30 milliards d'euros en 2011. Si les dépenses collectives (défense, sécurité) sont attribuées aux seuls natifs (scénario « biens publics »), elle devient positive chaque année 1 .
Fait établi
Dans une réponse ministérielle publiée au Journal officiel le 24 septembre 2013, le Gouvernement indiquait que l'OCDE estimait l'impact budgétaire de l'immigration en France légèrement négatif, en soulignant une difficulté de périmètre : l'OCDE comptait comme immigrées des personnes nées françaises à l'étranger, dont des rapatriés. La même réponse précisait qu'il n'existe pas d'estimation officielle du coût de l'immigration en France 2 .
Fait établi
Selon une vérification de l'AFP, le rapport de l'OCDE de 2021, qui couvre la période 2006-2018, note que dans tous les pays de l'OCDE les impôts et cotisations versés par les immigrés dépassent les dépenses consacrées à leur protection sociale, leur santé et leur éducation 3 . Source secondaire : le rapport lui-même n'a pas pu être consulté directement.
Interprétationlectures divergentes
L'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID), association qui défend une forte réduction de l'immigration, a calculé en 2020 un « coût » d'environ 40 milliards d'euros en appliquant au PIB de 2019 le pourcentage de 2011 du scénario « seconde génération » du CEPII (1,64 point de PIB) 4 . Il reproche aux études existantes un périmètre trop étroit, l'exclusion de l'immigration irrégulière et des données anciennes 4 . En 2024, son directeur a avancé un coût de 35 à 40 milliards par an 3 .
Interprétationexpertise
Interrogés par l'AFP en mars 2024, les économistes auteurs des travaux cités contestent ce chiffre. Xavier Chojnicki (CEPII) indique que sa dernière estimation, pour 2011, était de -0,49 % du PIB, soit 8,8 milliards d'euros. Jean-Christophe Dumont (OCDE) parle d'une « interprétation fallacieuse » : selon lui, on ne peut pas appliquer une moyenne pluriannuelle au PIB d'une année ultérieure, et le pourcentage retenu de l'OCDE porte sur toutes les personnes nées à l'étranger, y compris des Français, en incluant des dépenses comme la défense ou la dette 3 . La divergence porte sur le choix du scénario, de la population et des dépenses attribuées, pas sur les données de base.
À noter
Le CEPII est un centre de recherche public rattaché aux services du Premier ministre ; l'OID est une association qui défend une position sur la politique migratoire ; l'article de l'AFP est une vérification journalistique. Chaque chiffre doit être lu avec le scénario dont il provient.
Ce qu'on ne sait pas
Une estimation récente pour la France. L'étude du CEPII s'arrête en 2011 et le rapport de l'OCDE de 2021 en 2018 ; la composition de l'immigration a changé depuis.L'effet de long terme sur la croissance, le marché du travail et le vieillissement, que les calculs annuels ne mesurent pas.L'immigration irrégulière , mal prise en compte par les statistiques.
Sources
CEPII, Xavier Chojnicki, Lionel Ragot et Ndeye-Penda Sokhna, « L'impact sur les finances publiques de 30 ans d'immigration en France », La Lettre du CEPII n° 394, décembre 2018. www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/lettre/abstract.asp?NoDoc=11997 ↑
Assemblée nationale, question écrite n° 4627 de Philippe Meunier (14e législature) et réponse du ministère de l'Intérieur publiée au Journal officiel le 24 septembre 2013. www.assemblee-nationale.fr/dyn/14/questions/QANR5L14QE4627.pdf ↑
Source secondaire : AFP, publié par De Facto, « "Coût" de l'immigration : attention aux chiffres trompeurs de "35 à 40 milliards" d'euros annuels », 9 avril 2024. defacto-observatoire.fr/Medias/Factuel/Fact-checks/Cout-de-l-immigration-attention-aux-chiffres-trompeurs-de-35-a-40-milliards-d-euros-annuels/ ↑
Observatoire de l'immigration et de la démographie, « Le coût de l'immigration pour les finances publiques, partie I », note du 23 juillet 2020. observatoire-immigration.fr/le-cout-de-l-immigration-pour-les-finances-publiques-partie-1/ ↑
Historique
8 octobre 2026 : première publication. 13 octobre 2026 : chiffres, dates et décisions relus sur les sources d'origine. Ajout de la conclusion exacte du CEPII (contribution plutôt négative mais faible) et de son scénario « seconde génération » ; origine du chiffre de 35 à 40 milliards précisée ; suppression d'une affirmation non retrouvée dans la source du CEPII et d'une mention de la Fondation Jean-Jaurès, qui n'était pas citée.
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